Jeudi 26 avril 2012 4 26 /04 /Avr /2012 19:51

Il me tarde d'être le 6 mai pour connaître enfin le nom du vainqueur de cette élection présidentielle. Non pas que je sois particulièrement angoissé par le résultat, mais cela aura au moins pour effet de mettre un terme à cette pantomime insupportable qui nous assaillit de toutes parts médiatiques.

Déjà, il n'en reste plus que deux, ce qui est un moindre mal. Je ne peux plus écouter les discours de ces gens et j'ai véritablement le sentiment de regarder une mauvaise pièce de théâtre qui n'amuse plus que ses acteurs. Il doit falloir développer une énergie considérable pour, lorsque l'on parle des propositions de l'autre, feindre de mal les avoirs compris pour mieux les critiquer, en récupérer une infime partie pour pouvoir l'exploiter, ou d'une manière générale faire preuve d'une particulière mauvaise foi.

Le score du Front National au premier tour encore plus nauséabond les discours qui s'échangent.

Ce qui est finalement le plus une insulte à l'intelligence de ceux qui écoutent et regardent, c'est que même un enfant de 10 ans aurait  compris qu'aujourd'hui la marge de manœuvre des gouvernants est infime. La mondialisation a aussi eu ses effets sur la gestion des états. Le monde de la finance, prêteur de deniers de l'ensemble des états de la planète, tire les ficelles et, en quelque sorte, décide du sort des états.

Ne vous méprenez pas, j'irai voter dimanche 6 mai. Mais, malheureusement, comme la plupart d'entre nous, j'ai le sentiment d'aller voter pour empêcher quelqu'un d'être élu et non pas pour faire en sorte que mon « champion » le soit. Car de champion il n'y en a pas. Nous sommes aujourd'hui dans un tel état d'esprit que l'on sait ce que l'on ne veut plus mais qu'il ne nous est rien proposé en échange. Je lisais avec intérêt un article de mon ami Gilles Antonowicz qui expliquait pourquoi il était contre l'élection du président de la république au suffrage universel. Je partage cet idée, mais certainement pas pour les mêmes raisons que lui. Cela aurait au moins l'avantage d'éviter de nous faire subir ces joutes qui n'en sont pas, et ses combats, sans victoire escomptée.

Par maitremarcgeiger
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Mardi 24 avril 2012 2 24 /04 /Avr /2012 19:18

lyon 008

 

Je viens de finir l'ouvrage que mon confrère et ami Éric Dupont Moretti  a coécrit avec le journaliste du Figaro Stéphane Durand-Souffland et qui parle,… de lui.

Plus exactement, Éric Dupont Moretti vous permet de rentrer de plein pied dans l'univers très intime des avocats pénalistes. Au travers des affaires qu'il a pu plaider, il vous fait partager le quotidien de l'avocat, toujours en lutte contre un système établi et contre des certitudes qui n'en sont pas. Il donne aussi des clés de compréhension du métier que nous exerçons. Si grâce à la lecture de ce livre le public comprend que l'avocat n'est pas là pour faire de la morale mais pour faire du droit, il peut alors accepter que cet avocat défende toutes les causes. Éric Dupont Moretti résume ce concept en une phrase : « je peux défendre un révisionniste mais je ne défendrais jamais le révisionnisme ».

Il rappelle aussi un élément fondamental de notre métier. La plupart des dossiers que nous plaidons consiste à accompagner des gens qui reconnaissent les faits qui leur sont reprochés. Aller chercher au fond d'une âme aussi tourmentée soit-elle, l’once d'humanité que tout à chacun devrait pouvoir trouver est loin de me déplaire.

J'aime aussi lorsqu'ils vous expliquent nos peurs, nos angoisses, nos tripes nouées et le souci que l'on se fait,  qui dépassent parfois de très loin celui du principal intéressé. Je ne sais pas si, à ses yeux, je fais partie de la famille des pénalistes qui se reconnaissent d'un regard, mais je me sens chez moi avec eux. J'admire nombre d'entre eux de pouvoir puiser l'énergie nécessaire pour aller chercher l'humanité là où il est si difficile de la trouver parfois.

 J'ai eu l'honneur et le privilège de plaider un dossier devant la cour d'assises de Lyon où je j'assistais un jeune adolescent dont le père avait été tué et qui voyait sa mère accusée du crime. J'étais constitué partie civile, mais comme il l’explique aussi dans son ouvrage, la partie civile n'a pas nécessairement le même avis sur la culpabilité que le ministère public. C'était bien évidemment le cas de ce jeune garçon. Éric Dupont Moretti défendait le demi-frère de ce garçon le fils de la mère. J'ai admiré pendant 15 jours le combat sans relâche de cet homme pour laisser l'arbitraire en dehors de la salle d'audience. Il s'est battu comme un lion, nous l'avons aidé de notre mieux, mais cela n'a pas suffi et cette femme a été condamnée. Cela me rappelle le parallèle qu’avait fait un jour devant moi Henri Leclerc avec qui j'ai eu aussi l'insigne honneur de plaider, qui disait que les avocats sont comme la chèvre de M. Seguin. Ils se battent avec courage et ferveur toute la nuit, toute la nuit ils se défendent bec et ongle. Mais au matin, malgré toute la force qu'ils ont pu déployer, ils sont souvent mangés.

Il faut lire ce livre, car en comprenant mieux cet homme, vous comprendrez alors mieux vos institutions judiciaires. Vous comprendrez mieux pourquoi nous sommes nombreux à considérer que l'indépendance et le corporatisme sont deux notions bien étrangères l'une de l'autre.

Enfin, s'il ne devait rester qu'une raison pour lire ce livre, c'est que sa lecture vous permettra de comprendre que souvent, derrière des ego surdimensionnés, et des personnalités encombrantes mais tellement efficaces, se cache souvent une âme d'une fragilité extrême.

 

Par maitremarcgeiger
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Vendredi 20 avril 2012 5 20 /04 /Avr /2012 18:14

Depuis quelques jours, les médias rendent compte, médusés, du procès qui se tient en Norvège et qui a pour but de juger l'homme qui a tué méthodiquement 77 personnes.

Avec ce procès, se pose la question des limites de l'appareil judiciaire dans sa capacité à juger l'exceptionnel.

C'est tout l'honneur de la démocratie norvégienne que de juger cet homme comme n'importe quel criminel, sans aucune procédure d'exception.

Mais la posture qui est la sienne rend particulièrement insoutenable la tenue de ces audiences. À l'écouter, on hésite entre l'horreur et l'incrédulité. Il prend un soin tout particulier à aborder les faits avec une froideur et une méthode qui exclut toute empathie vis-à-vis de ses victimes.

Il a même été jusqu'à expliquer aujourd'hui qu'il avait donné le coup de grâce à la plupart des corps qu'il avait retrouvé car, dit-il, certains faisaient le mort.

J'ai une pensée pour toutes ses victimes et les familles de ses victimes qui suivent ce procès et je me pose véritablement la question de savoir comment il leur est possible de supporter tout cela. Ils sont confrontés à l'horreur des faits et à l'insupportable comportement de son auteur. Je fais partie de ceux qui ont toujours considéré que même si le procès été fait pour statuer sur la culpabilité d'un accusé présumé, la victime y avait toute sa place. Elle en est une partie intégrante, au même titre que l'accusé ou le représentant de la société.

Dans le cas qui nous occupe, il est très difficile de savoir si les victimes ont véritablement leur place à ce procès. Est-il nécessaire de rajouter de l'horreur sur l'horreur ? La confrontation avec la cruauté barbare de cet homme est elle nécessaire, thérapeutique ?

Il faudra encore des années avant de savoir quel aura été l'impact de ce procès sur ces gens. Nietzsche disait que ce qui ne tue pas rend plus fort, les victimes de cet homme ont aujourd'hui l'occasion de l'expérimenter.

La question qui se pose est de savoir si cet homme était fou moment des faits ou s'il était parfaitement conscient de ses actes.

Quand bien même aurait-il été parfaitement conscient de ses actes, ne faut-il pas être fou pour méthodiquement assassiner 77 personnes ?

La réponse est bien sûre positive, mais la question qui est posée n'est pas celle-là. S’il  était conscient de ses actes au moment des faits, il doit en répondre, même si ce procès ressemble parfois à une tribune donné à  un homme qui véhicule l'effroi à chacun de ses mots.

Par maitremarcgeiger
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Lundi 16 avril 2012 1 16 /04 /Avr /2012 18:47

Grâce à une association qui s'est créée il y a de cela quelques années à Paris, un partenariat c'est en quelque sorte mis en place entre  les barreaux de France et les collèges et les lycées.

En fait il s'agit pour des avocats d'intervenir dans des classes de collégiens ou de lycéens pour leur expliquer en quoi, à leur âge, le droit les concerne dans leur quotidien.

C'est aussi l'occasion d'attirer leur attention sur un certain nombre de difficultés qu'ils sont amenés à rencontrer notamment, les dangers d'Internet, les problèmes de racket  et autres violences, ou encore les incivilités.

J'ai eu à cette occasion  la possibilité d'intervenir cet après-midi dans une classe de sixième du collège Saint-Jean Baptiste de la salle à Avignon.

J’ai été encore une fois émerveillé par la curiosité, l'enthousiasme de ses enfants pour des domaines qui ne sont pas a priori très proches de leurs préoccupations. J'ai eu, une fois encore, l'occasion de vérifier à quel point dans leur esprit se mélangeait les règles du droit français, et les règles dont ils sont abreuvés au travers des séries notamment américaines qu’ils regardent à la télévision.

Il ne s'agissait pas pour moi de leur donner un cours de droit, mais plutôt, au travers de cas pratiques, d'essayer de leur faire comprendre les mécanismes juridiques. Ce qui fut le plus intéressant a été de leur donner un cas pratique ayant existé d'une situation où une femme était soupçonnée d'avoir dégradé le véhicule de la nouvelle compagne de son ex-mari…

J'ai séparé la classe en deux, d'un côté les représentants de l'accusation, et de l'autre  côté la défense. Je leur ai ensuite donné les éléments qui avaient été portés à la connaissance de la juridiction ayant eu à trancher le cas.

À ce titre, un témoin avait vu la personne suspectée déambuler près du véhicule qui avait été dégradé. On connaissait évidemment par ailleurs l'ancien lien de famille ayant existé entre les différents protagonistes de cette histoire.

Enfin, je portais leur connaissance le fait que la personne suspectée avait déjà été condamnée pour des faits similaires où elle avait, à une reprise au moins, dégradé  le véhicule de la nouvelle compagne de son ex-mari.

Au bout de quelques minutes de préparation, l'accusation était fin prête. Les enfants eurent du mal, dans un premier temps, à n'utiliser que les éléments qui avaient été portés à leur connaissance, sans en inventer d'autres. Et puis, finalement, lorsqu'ils se bornaient aux éléments qui leur avaient été donnés, ils avaient du mal en quelque sorte à asseoir la culpabilité de la personne, peut-être par ce que quelques minutes auparavant, je leur avais expliqué ce que signifiait le principe français du bénéfice du doute. Ils ont utilisé l'ensemble des éléments qui leur avaient été donnés mais ne semblaient pas particulièrement convaincus de la culpabilité de celle à l'encontre de laquelle ils avaient, en quelque sorte, requis.

 

Lorsque j’eu l'occasion de donner la parole au groupe chargé de sa défense, les réactions fusèrent de tous côtés. Je retrouvai dans l’âme même de ces enfants ce qui fait le fil conducteur de l'avocat. Son incapacité à se laisser entraîner, en quelque sorte, a raisonner par analogie.

« Certes, on l'a vu déambuler près du véhicule, mais personne ne l'a vu dégrader ce véhicule ! »

« Ce n'est pas parce qu'elle a déjà commis des faits similaires qu'elle est pour autant coupable des faits qui lui sont reprochés ! »

En quelques minutes l'adhésion se fit autour de l'innocence de la personne ou en tout cas au fait qu'elle devait être relaxée des faits qui lui étaient reprochés, le doute existant étant trop important pour entraîner sa condamnation.

Quelle ne fut pas leur surprise lorsque je leur faisais part de la solution que la justice avait apportée à ce cas pratique. La personne suspectée avait été condamnée en première instance, en appel, et le pourvoi en cassation qu'elle avait formée avait été rejeté.

Je suis sorti de cette salle de classe en étant rassuré sur la manière de penser de nos enfants. Lorsqu'on leur demande de raisonner en fonction de principes, ils les appliquent à la lettre, sans aucun état d'âme, et sans esprit de corps.

Ils ne sont, en tout état de cause, perverti par aucun sentiment extérieur à celui du raisonnement qui doit conduire à la condamnation  d'une personne ou à sa mise hors de cause.

 

Parfois, je me pose la question de savoir si nous ne serions pas mieux lotis en étant jugés par des enfants !

Par maitremarcgeiger
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Samedi 14 avril 2012 6 14 /04 /Avr /2012 10:36

Cette nouvelle est passée quasiment inaperçue, mais elle n'a pas manqué de m'étonner. Il est quelques jours la presse s'est fait l'écho d'une enquête interne à la police judiciaire dans le nord de la France, si mes souvenirs sont bons, qui faisait état du fait que les fonctionnaires de police, au lieu de  détruire des épaves de véhicules,  les revendait à des casseurs.

Grâce au produit de ces ventes, le commissariat de police pouvait se doter d'ampoule de rechange, ou de petit matériel de bureau qui lui faisait cruellement défaut.

Si ce n'est pas la démontrer la faillite du système tel qu'il existe, comment   pourrons-nous le faire ?

Le manque cruel de moyens se retrouve à tous les niveaux des services policiers et judiciaires. Aujourd'hui, pour réaliser une enquête, il faut tout d'abord la budgéter.

Les moyens n'ont jamais été illimités, on le concède, mais aujourd'hui il faut faire le tri et un choix dans les moyens d'investigation.

Lorsque cinq personnes par exemple sont suspectées d'appartenir à une bande organisée, il n'est plus possible de placer les cinq téléphones sur écoute mais uniquement deux, voire trois.

Il en est de même pour toutes les opérations policières, de sorte qu'aujourd'hui, force est de constater que c’est la bourse qui dirige les enquêtes, comme elle dirige tout le système judiciaire.

Un autre exemple peut-être donné, il s'agit des règlements de comptes actuellement en cours à Marseille. Les fonctionnaires du SRPJ de Montpellier ont été détachés à Marseille en renfort pour mener les investigations.

Ils n'ont pas pu rester longtemps, faute de moyens…

En effet, le budget prévu a été avalé en quelques jours de sorte que ces fonctionnaires ont réintégrés leurs bases d'origine, sans véritablement avoir pu être efficace, encore une fois faute de moyens.

Je ne suis pas certain que mes concitoyens soient parfaitement au courant de cette nouvelle manière d'opérer les enquêtes policières, à la rentabilité.

C'est un paradoxe de constater que le monde de la voyoucratie  organisée devient de plus en plus riche, grâce au trafic de plus en plus important, et qu'à l'inverse les moyens de police mis en face pour tenter de lutter contre cette délinquance se paupérise un peu plus chaque jour.

Il n'est pas nécessaire d'être grand clerc pour comprendre que le risque de voir les premiers vaincre au détriment des seconds est réel.

D'ici à ce que les forces de police se découragent totalement, il n'y a mon avis pas un long chemin à parcourir.

Par maitremarcgeiger
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